Préféré

6 avril 2010

Interview des deux artistes du Petit Echo Malade : Une découverte intemporelle

Vous vous souvenez surement de l’article sur le Petit Echo Malade que j’avais écrit il y a quelques semaines, un blog qui reprenait les blogs de mode en les parodiant gentiment. C’était drôle, artistique et novateur.

Et bien ce blog a pris une telle ampleur qu’on en a même parlé à la radio !

Nous avons voulu découvrir ces deux artistes autrement et vous les présenter. Ils ont accepté de se prêter au jeu de l’interview et à un shooting sublime spécialement pour les Keupines.

Je pense que leur univers vous charmera autant que moi. Bonne lecture !

1.Tout d’abord pourriez-vous vous présenter ? Votre parcours, vos (vrais) métiers, vos (faux) métiers, vos passions ?…
Vincent Pianina
: Après un BAC Arts Appliqués, je suis rentré à l’école Émile Cohl, à Lyon. J’y ai co-fondé le collectif Arbitraire avec une poignée de camarades de classe, car nous avions une même vision de la bande dessinée et du dessin en général. Sortis de l’école plusieurs années après, nous avions toujours les idées communes alors nous avons monté L’Atelier Arbitraire. C’est là que je me rends tous les jours pour travailler (en principe). Nous faisons entre autre nous-mêmes nos petits livres sérigraphiés et une revue bi-annuelle. Mais nous travaillons aussi sur des projets qui n’ont rien à voir avec le collectif, notamment pour des éditeurs. Je suis actuellement auteur de bande dessinée et illustrateur.
Lorenzo Papace
: J’ai pour ma part d’abord fait des études scientifiques au lycée. C’est à ce moment que j’ai rencontré Vincent. La filière des Arts Appliqués m’a toujours intéressé je m’y suis donc orienté après le Bac. J’ai obtenu un BTS Design d’Espace à l’école de Design La Martinière Diderot de Lyon, et j’ai continué en Diplôme Supérieur dans la même école. J’ai lâché en cours de route pour me consacrer à la musique. Je suis auteur et compositeur, j’ai formé le groupe Ödland avec quatre délicieuses filles.


2.Vous vous inscrivez dans de nombreux domaines, graphisme, photo, musique, voyages…
Quel est votre domaine de prédilection ? Lequel vous fait manger ? Lequel vous fait rêver ? Quels ont été vos derniers gros projets ? ou petits…
V.P
: C’est que nous savons comment nous occuper ! (rires)
Me concernant, j’aime vraiment les choses anciennes (j’ai une collection de jouets et boîtes en fer, j’adore explorer les maisons abandonnées, ou les hôpitaux désaffectés),
je lis beaucoup (des vieux livres comme des neufs),
je photographie, j’aime les musées (mon préféré étant le musée de l’art brut à Lausanne),
j’aime les petits objets, (parfois je confectionne des petites choses avec ce que je trouve au fur et à mesure et qui s’amassent dans les poches de ma veste.
(A propos de ça, si vous passez à Lyon, allez au musée de la miniature). J’aime ce qui est curieux et insolite (avec Lorenzo, on a commencé une collection de bocaux avec de drôles de contenus).
J’aime la décoration. Je prends par exemple un réel plaisir à étoffer cet appartement.
Je raffole de me perdre dans la nature. C’est un peu tarte de dire ça, mais c’est quelque chose qui me grise.
Prendre un chemin incertain, puis bifurquer pour s’enfoncer dans l’épaisseur noire des arbres, monter puis descendre des vallons, apercevoir le ciel entre les branches, passer en une ballade au milieu de caractères très différents, enjamber des petits ruisseaux,… être ridicule en interview…  (rires)
Je fais un peu de musique aussi.
Sinon, le travail de comédien me fait rêver. A un moment charnière de mon orientation, j’ai hésité à faire ça, mais finalement le dessin l’a emporté. Je n’ai pas pris le temps de m’y reconsacrer depuis…
car si mon cœur et mes occupations vacillent entre plusieurs choses, ma passion absolue reste le dessin.
Ayant reçu un enseignement résolument académique, je réfléchis et développe à contrario depuis plusieurs années un dessin simple, un peu faux et géométrique,
car je crois qu’une image dessinée ne doit être ni courbe ni trop détaillée pour être drôle. Je m’inspire des dessins d’enfants, des illustrations russes des années 30 et des dessins automatiques de l’art brut.
Je l’applique en particulier en bande dessinée qui est un art jeune et donc à explorer (on y revient). Il y a tellement à faire !

Ça me donne le tournis, toutes ces idées à avoir pour utiliser ce support à fond de ses possibilités… En cela, j’apprécie vraiment le travail de la maison d’édition l’Association,qui défriche pas mal le terrain, en publiant d’autres formes de bandes dessinées. Tout ça est vraiment enthousiasmant pour moi. Et c’est tant mieux car c’est aussi ce qui me fait manger ! Je suis très content que cela soit possible, c’est un réel plaisir de ne pas avoir d’autre travail. Par contre, c’est possible à mon niveau car je vis de pas grand-chose : notre loyer à Lyon avec Lorenzo n’est vraiment pas cher, je m’ habille en fripes, je ne mange pas de marques, je n’ai pas d’enfants à charge, pas de voiture, pas de loisirs qui coûtent de l’argent… mais pour l’instant ça me va, je suis vraiment heureux !
L.P
. J’adore la photographie et le graphisme. J’ai d’ailleurs trouvé avec Ödland une occasion de pouvoir créer dans un même univers cohérent.
Cependant, la musique est sans aucun doute mon art préféré. Il touche l’inconscient des personnes, fait appel plus que tout à l’imaginaire.
Les mélodies évoquent certains souvenirs qui se trouvent parfois enfouis avant la naissance. Bien qu’étant matérialiste et athée, je trouve que l’imagination est plus forte que la réalité.
Elle transporte, émeut, fait faire de grandes choses comme de grandes bêtises. Et la musique est à la fois l’art et la science qui parle à cette partie de l’être.
Je suis passionné par le XIXe siècle et cela peut se ressentir dans mon travail, qu’il soit musical ou photographique. Je m’inspire beaucoup des compositeurs classiques, surtout des Romantiques. J’ai commencé l’étude du piano à 4 ans et je suis sûr que cet instrument est inépuisable.
Pratiquement toutes mes créations se font à partir de cet instrument. Pour Ödland, je compose exclusivement pour des instruments acoustiques. Les enregistrements se font en une seule prise, car j’aime la musique vivante et organique. Bien qu’amoureux des arrangements raffinés pour les instruments classiques, je laisse volontiers se glisser quelques erreurs de jeu, ou variations de tempo qui rendent l’ensemble sincère.
La musique comme je la conçois est un véritable art vivant, et c’est un plaisir pour moi d’exercer une activité où l’on est sur scène.


Je recherche les mêmes émotions en photographie. J’utilise l’argentique et des appareils qui ne restituent pas correctement la réalité. Ils sont très proches des premiers essais de la photographie et l’âme ou les fantômes à l’intérieur de ces boites apportent une dimension à l’image que l’on perd très souvent avec les boîtiers numériques.
J’aime beaucoup les filles. Elles sont une grande source d’inspiration. Sûrement pour leur part de mystère.
J’aime le voyage, mais pas le tourisme. Je préfère l’Océan à la Mer. Je préfère le train à tout le reste. J’adore me perdre et m’ennuyer dans un pays étranger, ressentir des choses fortes et apprendre sur la culture et l’histoire.
Je suis un grand admirateur de l’Europe. La Suède, la Pologne et la Bohème ont eu raison de moi. J’ai fait un tour du continent en train de nuit pendant un mois et ce fut une expérience ineffable. Depuis Athènes jusqu’à la Laponie, j’ai ressenti beaucoup de choses et je pense que cela fera l’objet d’un prochain album.
Le théâtre fait aussi partie de ma vie. Depuis 2008 je me produis sur plusieurs spectacles vivants de façon professionnelle et participe à leur création avec la compagnie lyonnaise Princesse Club.
Je suis comédien, parfois pianiste. Alizée, en plus d’être la chanteuse d’Ödland, est comédienne et nous aimons tourner des courts-métrages ensemble.
Pour gagner un peu d’argent, je suis parfois webdesigner.
J’ai rêvé d’être architecte, j’ai étudié l’architecture, mais je crois que ce n’est pas pour moi.
Je me consacre presque entièrement à mon groupe depuis un an, et les efforts semblent porter leurs fruits.


3. Sur les photos, le petit coin cosy avec les milliers de cadres et tableaux vieillots, est-ce vraiment chez vous ?

P&P : Oui c’est vraiment chez nous !

4. Vous évoluez dans un univers qui vous rend anachroniques, vous semblez venir d’une autre époque, est ce que pour vous c’est la normalité ? Ou l’avez-vous fabriqué pour vous créer une sorte de signature, d’image de marque ?
L.P
. : Nous ne venons pas d’une autre époque, mais nous sommes en effet passionnés de vieilles choses.
V.P. : Tout est si laid aujourd’hui.
L.P. : Les intérieurs manquent souvent de charme.
V.P. : Les objets, les voitures, les meubles, les packagings, l’architecture etc. Tout a moins de cachet que dans ce que nous percevons du siècle dernier.

5.Vous et la mode ? fashion victim ou plouc ?
L.P
. : Très souvent nous nous faisons critiquer ou haranguer dans la rue, à propos de notre style vestimentaire. Ce que des personnes prennent pour de l’extravagance est pour nous simplement de l’élégance. Autrefois tout le monde avait un chapeau et une veste, même les plus pauvres. Il était normal de s’apprêter pour sortir.
Aujourd’hui on dirait que c’est le contraire ! Pourtant nous ne dépensons pas une fortune en habits et décoration : tout ou presque provient d’Emmaüs et de vide-greniers !
V.P. : C’est incroyable de se faire charrier  tous les jours parce qu’on ne sort pas en survêtement. C’est dans ce sens que nous nous sentons décalés, mais nous ne faisons pas un effort particulier pour l’être.
En revanche, quand on vient à Paris, c’est assez différent : on a quelques compliments et même parfois des photographies !
L.P. : Mieux, à Berlin.
V.P. : Peut-être que cela dépend de l’ouverture culturelle des villes.
L.P. : Peut-être que nous vivons une sale époque. Faisons une liste non exhaustive des sobriquets dont on nous affuble dans la rue :
P&P : Charlie Chaplin (c’est le plus fréquent), Charlemagne, Monseigneur, Messire, Merlin l’enchanteur, César, Buster Keaton, Robin des bois, Frodon, Abraham Lincoln,
Sherlock Holmes, Magicien, Magicien d’Oz, Harry Potter, etc. Nous remarquerons l’éclectisme de ces références. Nous sommes en effet anachroniques. (rires).


6. D’où vous est venue l’idée du Petit Écho Malade ?
V.P.
: Le blog de Pandora nous a donné cette idée. Une polémique est née parce qu’il paraîtrait que d’autres blogueuses s’en sont un peu trop inspiré.
Nous avons voulu exagérer cette copie, mais en en faisant une vraie blague, en revendiquant vraiment le plagiat.


7.Vous moquiez-vous des blogs mode bien avant sa création ?
L.P
. : Nous n’avons jamais été hostiles aux blogs de mode. En janvier, j’ai réalisé une série de photos de Louise au Père Lachaise et ce fut une chouette collaboration.
V.P. : Non je trouve même les ambiances des photographies plutôt jolies la plupart du temps. C’est vrai qu’on avait noté quelques manies des blogueuses,
mais rien de plus. En fait on ne les a pas parodiées parce qu’elles nous faisaient rire, mais plus parce que cela nous amusait de faire exactement la même chose.

8. Y a t-il des réactions vis à vis de cette démarche qui vous ont déplus ?
L.P
. : Même si notre message est généralement très bien passé, certaines réactions nous ont semblé un peu déplacées, jamais contre nous mais contre les blogueuses.
Le Petit Écho Malade semblait être pour certain(e)s une occasion d’être agressif vis-à-vis des filles et nous avons senti le besoin d’expliquer clairement notre démarche dans notre
dernier article.
V.P. : C’est pour cela que nous avons récemment mis en avant le côté artistique de ce blog. Nous ne voulons pas empêcher quiconque de s’exprimer. C’est pourquoi nous ne modérons pas les commentaires, en revanche nous n’encourageons pas les propos injurieux.
L.P. : La critique est ouverte, c’est une évidence. Mais le but premier reste le rire. Heureusement avec cette précision nous avons éviter le dérapage, ce qui nous a permis d’être présents dans différents médias, avec notre concept demeuré intact.

9. Quand vous décidez de parodier une blogueuse, la contactez-vous avant ? Comment ça se passe ? Comment le prennent-elles ?
V.P
. : Nos choix de « cibles » se font un peu sur des coups de têtes en regardant les derniers shooting des blogueuses que nous connaissons. Si nous y voyons un moyen de faire des trucages marrants, le choix se fait rapidement.
L.P. : Nous avons dû dans un premier temps nous abonner aux différents blogs de mode, et suivre leur actualité de près.
V. P. : Par contre on ne leur dit rien avant la publication de l’article, c’est la surprise !
L.P. : Jusque là, elles le prennent très bien. Elles ont même été les premières à transmettre l’information. Éléonore Bridge en a même fait un article-interview sur son blog.
V.P. : On est arrivé à bien rigoler sans jamais être méchants. Il y a quelques jours, nous nous concertions sur le prochain article et nous nous sommes censuré nous-même.
Notre idée première était incorrecte. Nous faisons très attention à ça.


10.Comment réagissez vous face à l’ampleur qu’a pris ce blog qui était au départ une simple blague ?
L.P
. : Notre première réaction est la surprise. Nous imaginions bien que notre idée ferait sourire les passionné(e)s de blog de mode, qu’elle avait une chance de faire le tour de la blogosphère.
Mais nous sommes complètement dépassés de voir l’ampleur des réactions sur internet, jusqu’à être cités à la radio (France Info) et chroniqués sur les sites d’actualités (l’Express et le Nouvel Observateur).
V.P. : Alors que notre premier blog commun, un blog de vidéos scientifiques incompréhensibles, n’a intéressé personne.
L.P. : Le Petit Écho Malade est notre premier projet qui prend autant d’importance aussi rapidement. C’est un peu frustrant car dans d’autres boulots, comme un clip que nous avons réalisé ensemble, nous n’avons pas eu les retours que nous espérions. C’est pourquoi nous avons décidé de nous servir de la dynamique du blog pour communiquer sur nos autres créations que nous trouvons tout aussi dignes d’intérêt.
V.P. : Les articles du Petit Écho Malade seront toujours composés de parodies de blog de mode. Mais nous ne nous interdirons pas de clore ces articles par des liens vers nos autres productions du moment.
L.P. : Jusqu’à présent, nous sommes très contents car les chroniques, comme la vôtre, qui parlent de notre blog ne restent pas en surface et vont fouiller dans le reste de notre travail. Merci, c’est très encourageant.

11. Votre (vos) appareil(s) photo, un argentique ? Quel boitier ?
V.P
. : Pour le blog, nous utilisons un appareil numérique Panasonic FZ30. Nous ne disposons malheureusement pas d’un reflex ni d’objectifs que nous rêverions d’avoir.
Ce qui nous oblige parfois, pour avoir un rendu similaire aux photos copiées, à retoucher beaucoup nos images et ajouter des flous à l’ordinateur.
L.P. : Je fais beaucoup de photographie argentique, avec mon holga et une vieille box, mais pas pour Le Petit Écho Malade.
V.P. : J’ai un sténopé Bata. (rires).


12. Des projets à venir ? J’ai lu qu’un prochain album devait sortir en 2010… ^^
L.P
. : En effet, Ottocento, le premier album d’Ödland est sorti le premier avril 2010 et est disponible dans la boutique internet du groupe.
Nous sommes en train de préparer la tournée de cet été. Ödland est un projet pour l’instant indépendant et auto-produit, alors il y a parfois des difficultés. Pour l’instant, c’est en Angleterre que nous avons le plus de concerts prévus pour cet été.
Rendez-vous à Londres, Liverpool et Manchester !
V.P: Je suis en train de travailler sur un gros projet d’album de bande dessinée en solo, ainsi que sur plusieurs livres pour enfants.
Je prépare également une performance dessinée avec Pierre Ferrero qui s’appelle « La Course » qui consiste à dessiner une course automobile au fur et à mesure, en public et en combinaison de pilote sur tous les murs d’une salle.


P&P
: Merci beaucoup de vous intéresser à nous. Ce fut un plaisir de faire cette séance photo pour vous.
Comme toujours, ces photos on été réalisées dans notre appartement, et nous avons bien rigolé.
Lucie : Merci à vous de nous avoir permis de découvrir votre univers, votre cuisine et votre baignoire, vos passions et vos métiers. Tout le plaisir était pour moi. Vos photos sont superbes !

par

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